Industrie

L’industrie indonésienne du gaz et du pétrole se rationalise

Confrontée à un marché fluctuant, l'industrie indonésienne du gaz et du pétrole se devait de renforcer son efficacité opérationnelle. La solution passait par une nouvelle approche de la gestion d’immenses stocks.

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Dans un contexte de marché volatil, l’industrie indonésienne du gaz et du pétrole, autrefois si solide, doit faire face à de sérieux vents contraires depuis quelques années. Ancienne membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, l’Indonésie a vu sa production de pétrole brut plonger tandis que la demande intérieure de carburant explosait, la rendant dépendante des importations d’essence et de diesel. La crise financière de 2008, l’excédent de l’offre mondiale de pétrole et de gaz en 2014-2015, la chute de la demande et la baisse de ses propres réserves de pétrole… autant d’éléments qui ont contribué à engendrer une période de turbulences.

Les chiffres témoignent bien de l’ampleur des enjeux auxquels le secteur est confronté : selon les données du cabinet PricewaterhouseCoopers, entre 2004 et 2006, l’industrie indonésienne du gaz et du pétrole a contribué à hauteur de 41,4 milliards d’euros à l’économie nationale et à au moins 20 % des recettes de l’État ; en 2014, elle ne représentait que 14 % du revenu national, s’écroulant à 4 % en 2015 et à seulement 3 % en 2016, selon un rapport établi pour le Forum économique mondial par le professeur Kenneth Rogoff de l’université Harvard.

Face à ces chiffres préoccupants, l’État et le secteur ont pris des mesures sérieuses pour redynamiser cette industrie autrefois prospère. Le gouvernement prévoit de réviser les lois sur les hydrocarbures afin d’encourager les investissements en assurant une plus grande sécurité réglementaire. Les réformes visent à rendre le secteur plus performant, transparent, simple et respectueux de l’environnement, apportant une valeur ajoutée à l’économie nationale, a déclaré le président indonésien Joko Widodo à l’agence de presse Reuters en janvier 2019.

Une meilleure compréhension des informations relatives aux pièces de rechange améliore réellement les achats.
Achmad Riad, responsable de la gestion de l’outil de production chez SKK Migas

Comme le souligne Achmad Riad, responsable de la gestion de l’outil de production chez SKK Migas, l’agence indonésienne de régulation du gaz et du pétrole, « l’industrie du gaz et du pétrole est encore l’un des plus gros contributeurs aux recettes de l’État. Chaque année, les investissements rapportent un peu plus. L’enjeu, c’est l’efficacité opérationnelle, en particulier pour mieux rentrer dans les coûts liés à l’utilisation de nos équipements gaziers et pétroliers, puisque la majorité des contrats de partage de production que nous détenons sont basés sur le modèle commercial de recouvrement des coûts. »

Vers un meilleur processus d’achat

L’un des principaux moyens pour l’industrie de renforcer son efficacité opérationnelle est d’améliorer le processus d’achat : elle dispose d’un énorme stock de pièces détachées et manque de capacités pour mieux gérer ce stock. SKK Migas a entrepris de remédier à la situation en élaborant une stratégie nationale d’achat d’équipements communs et en prenant des initiatives visant à simplifier la politique d’achat et à éliminer les doublons en matière de matériel.

Parmi ceux qui mettent ces initiatives en pratique figure Pertamina, la compagnie pétrolière nationale, plus grande entreprise publique du pays. À l’instar d’autres producteurs indonésiens de gaz et de pétrole, elle était confrontée à un grave problème logistique qu’il n’était plus possible d’ignorer. Déterminée à répondre aux besoins de ses clients, elle possédait quelque 800 000 articles en stock mais n’avait à sa disposition aucun moyen efficace de les gérer et d’en assurer le suivi. Petronas Carigali Indonesia, autre compagnie pétrolière et gazière de premier plan, était face à un casse-tête identique dû à l’absence de méthode standard pour gérer son énorme stock – un problème ruineux. Pour ces deux entreprises, une simplification s’imposait et SKF avait une solution à leur proposer.

La plateforme pétrolière et gazière offshore Mike-Mike de Pertamina, compagnie pétrolière nationale, dans la province de Java occidental, en Indonésie.

Selon Satya Nugraha, responsable des achats chez Pertamina, l’outil présenté était une solution nécessaire à un problème déconcertant, d’autant plus que la compagnie pétrolière, qui figure au classement Fortune 500, est active dans les secteurs situés en amont et en aval de l’industrie des hydrocarbures et n’avait aucune possibilité de ralentir son activité. Ses raffineries dans toute l’Indonésie ont une capacité de production d’un million de barils par jour. Fournisseur de roulements de longue date de Pertamina, SKF lui a proposé un outil de gestion qui lui a permis d’améliorer les informations sur les articles et de passer en revue, purger et enrichir l’inventaire.

L’entrepôt de Pertamina était loin d’être opérationnel. Il était extrêmement difficile de régir une organisation aussi massive et complexe, et la gestion des stocks échappait à tout contrôle. Cette situation était source à la fois de frustration et de coûts, car elle immobilisait des capitaux supplémentaires et rendait plus difficile la fertilisation croisée et l’intégration de systèmes futurs. En raison d’une description insuffisante des articles, l’équipe d’achat de Pertamina ne pouvait ni fournir les bonnes pièces de rechange, ni disposer d’une base fiable pour les achats en gros.

Améliorer le processus d’achat, via notamment la codification de normes et la description correcte des équipements et des pièces de rechange, était devenu une priorité urgente pour l’entreprise. « Tout cela avait un impact considérable sur le stock. On a trouvé de nombreux doublons dans les numéros d’articles, ainsi que des informations insuffisantes, des articles obsolètes et des pièces cassées, raconte Satya Nugraha. On a eu du mal à déterminer le volume de stock nécessaire, ce qui a un impact sur le processus d’achat, empêche des achats efficaces et limite la disponibilité des pièces de rechange. On savait qu’en raison d’une manutention incorrecte par le passé, il n’y avait pas de règles et de standardisation en ce qui concerne les numéros de série. »

Depuis le lancement du projet en décembre 2018, quelque 70 000 articles ont été passés en revue. À ce jour, les doublons ont été réduits de 25 %. Satya Nugraha espère que le projet atteindra son objectif de diminution de 35 % des doublons et de 40 % des coûts d’ici 2021. L’entreprise dispose désormais d’une description claire et standard respectant la codification internationale de l’industrie du gaz et du pétrole. Ceci a considérablement amélioré le potentiel d’intégration de la chaîne logistique sur sa plate-forme interentreprises (Industry 4.0).

La solution SKF a permis la standardisation et l’organisation des informations sur les articles en suivant la méthodologie du Shell Material and Equipment Standards and Code, un outil créé en 1932 par Shell pour usage interne, puis vendu sous licence par la suite à toute entreprise qui le souhaitait. Des procédures d’assurance et de contrôle de la qualité ont été mises en place, et SKF a également organisé une formation approfondie et un atelier d’application pour déployer l’outil de gestion de l’inventaire.

Pour Pertamina, le choix de SKF était limpide, car SKF avait l’expérience de projets similaires, notamment dans l’industrie du gaz et du pétrole. « Ce projet est tellement important pour Pertamina, souligne Satya Nugraha. C’est devenu un projet d’envergure nationale. Nous en avons tiré beaucoup d’enseignements, notamment la nécessité d’une préparation de l’organisation en vue d’accompagner le projet, la standardisation et de meilleures méthodes de travail. »

Une priorité croissante pour le secteur

Pertamina n’était pas isolée à cet égard. Dans l’industrie du gaz et du pétrole, de nombreuses entreprises ne songent pas à la gestion des équipements pour réduire les dépenses au moment où les coûts augmentent. Les procédures de manutention adéquates ne sont pas bien définies et il peut s’avérer qu’on ignore à qui appartiennent des articles en stock. Certains articles peuvent avoir été entrés jusqu’à dix ans plus tôt ou certains peuvent avoir été oubliés une fois les projets terminés. Dans une industrie en pleine croissance, la gestion du matériel prend encore plus d’importance.

Telle était la situation difficile dans laquelle se trouvait Petronas Carigali Indonesia. Avec son siège en Malaisie et un contrat de partage de production en Indonésie, la compagnie était prête à tout pour accroître son efficacité, compte tenu de la baisse des prix du pétrole et d’une série de questions techniques et réglementaires qui compliquaient encore la situation.

Comme l’explique Fery Sarjana, responsable de la gestion de la chaîne logistique chez Petronas Carigali Indonesia, l’entreprise souffrait du manque de standardisation de la gestion de ses stocks, aucun système établi ne permettant de répertorier les articles et d’éviter les doublons. Elle a donc décidé d’adopter l’outil de gestion SKF pour établir un inventaire standard et un système capable d’identifier les articles en double, les articles existants ou nouveaux pour éviter les doublons, et d’augmenter la valeur des stocks.

« Ça a été très utile d’identifier les doublons, d’obtenir des descriptions correctes et de répertorier facilement les nouveaux articles. Ça nous permettra d’optimiser l’utilisation des articles actuellement en stock grâce à l’identification des doublons. »

C’était exactement l’intention recherchée, affirme Achmad Riad de SKK Migas : « Une meilleure compréhension des informations relatives aux pièces de rechange améliore réellement les achats. » Depuis novembre 2019, ajoute-t-il, les économies directes potentielles réalisées grâce à l’optimisation des stocks s’élèvent à 6,6 millions d’euros pour Petronas.

Pour un secteur désireux de regagner en dynamisme et en efficacité, c’est une très bonne nouvelle.