Compétences en ingénierie

Technologies d’avenir

Le rythme intense de l’évolution technologique soulève des interrogations sur l’état des lieux dans un quart de siècle. Deux chercheurs en vue livrent leur point de vue sur ce sujet.

Related Articles

En bref

La technologie SKF en 2037

Alan Begg, directeur général adjoint de SKF Group Technology Development :
« Je crois que l’efficacité énergétique va rester l’un des principaux moteurs du développement technologique et que l’électronique et les technologies de l’information domineront encore plus nos vies. Je prévois que ces deux facteurs vont confluer avec l’univers plus tranquille de la mécanique, donnant naissance à de géniales inventions. »
« Imaginez qu’au lieu d’expédier un roulement à une éolienne en espérant qu’il soit installé et qu’il fonctionne de manière optimale, vous commandiez un roulement “intelligent” qui envoie un message chaque fois qu’il lui arrive quelque chose, une “carte postale” en quelque sorte. La première envoyée peut préciser qu’il vient de rejoindre telle et telle pièces pour former une éolienne. Celles qui suivent peuvent indiquer qu’il est mal installé sur l’arbre ou que la charge maximale n’est pas celle stipulée par l’installateur. Les messages peuvent continuer d’affluer durant toute la durée de vie du roulement, permettant une surveillance constante et maximisant véritablement l’efficacité de l’application. Vers la fin de sa vie, le roulement peut signaler qu’il peut encore fonctionner pendant trois mois mais qu’il vaudrait mieux prévoir son remplacement. »
« Tout cela peut être accompli par la technologie sans fil et, vu les gains d’efficacité et de consommation énergétique que ce genre de technologie permet d’accomplir, il est fort probable que nous allons développer ces types de produits dans les 25 ans à venir. »

La science du petit

Il y a très longtemps, la nature a parfait la structure de la matière au niveau moléculaire. Aujourd’hui, l’homme produit des matériaux et des structures que l’on peut mesurer en millièmes de micron, et les produits issus des nanotechnologies se démocratisent de plus en plus. Le résultat des recherches menées par Peter Dobson, professeur à l’université d’Oxford et directeur du Begbroke Science Park de l’université, et ses collègues a été commercialisé sous forme de crèmes solaires plus efficaces ou d’additif pour carburant générant moins de pollution pour un meilleur rendement énergétique. Selon le scientifique, dans les 25 prochaines années, les nanotechnologies pourraient fournir une solution à ce qui est, aux dires de certains, le pire danger qui menace l’humanité : le changement climatique.

L’idée est de transformer le polluant qu’est le CO2 en carburant. « En principe, cela pourrait freiner le changement climatique et même lui faire faire quelque peu marche arrière. » Le professeur fait remarquer que la recherche dans ce domaine a atteint le stade de validation du concept. Le procédé baptisé photocatalyse du dioxyde de carbone exploiterait l’énergie solaire pour transformer, à l’aide de nanoparticules jouant le rôle de catalyseurs, le CO2

« Si nous parvenons à mettre au point la technologie, le potentiel est énorme. Au départ, le CO2 En 2010, Andre Geim et Konstantin Novoselov ont reçu le prix Nobel de physique pour leurs travaux sur le graphène, un cristal de carbone bidimensionnel de l’épaisseur d’un atome. Peter Dobson estime que ce matériau pourrait remplacer le silicone dans certaines applications et avoir un énorme impact sur la technologie des ordinateurs : « Il pourrait vraiment changer les règles du jeu. En ayant recours, soit à des molécules organiques, soit à une entité dérivée du graphène, on pourrait fabriquer quelque chose qui commencerait à ressembler aux processeurs d’un cerveau. » La capacité de traitement pourrait être multipliée par 1 000, voire plus. « C’est l’évolution la plus extravagante à laquelle je crois un peu, mais elle prendra des années. »

Le savant estime qu’en général, les progrès technologiques du quart de siècle à venir prendront la forme de nouvelles applications de technologies existantes plutôt que de nouvelles découvertes. « En restant réaliste, je crois que les procédés intelligents d’aujourd’hui seront plus largement diffusés, ce qui pourrait avoir des répercussions dans le secteur de la santé, par exemple : on pourra établir un autodiagnostic à partir de son smartphone sans avoir à attendre de consulter un médecin. Étant donné que cela ne demande pas une technologie complètement inconnue, c’est là qu’interviendront vraiment les grands changements. »

 

À titre d’information

Un bon nombre des musts technologiques actuels sont nés dans la Silicon Valley, et c’est là que Mike Liebhold, membre émérite de l’Institute for the Future (IFTF), à but non lucratif, effectue des recherches sur les technologies numériques et leur impact sur les individus. L’Américain prévoit deux révolutions technologiques dans les 25 prochaines années.

La première est ce qu’il appelle « l’interaction turbo », laquelle fait appel à l’informatique virtuelle (cloud computing). « La puissance du supercalculateur dématérialisé qu’est le cloud peut amplifier les communications entre êtres humains, explique le chercheur qui a fait carrière, entre autres, chez Apple et Intel. Par exemple, la traduction et la reconnaissance vocale demandent une grande capacité de calcul car l’ordinateur compare le son de votre voix à des millions d’échantillons. Ceci demande une grande rapidité de traitement parallèle, et le Nuage est idéal pour ça. »

Ainsi, dans 25 ans, on pourra, par exemple, échanger dans des langues différentes, ce qui aura le mérite de fluidifier la collaboration internationale, tandis que la reconnaissance vocale permettra aux personnes non encore alphabétisées d’accéder à Internet.

Seconde révolution prévue, la dématérialisation du Web. « Au lieu de consulter la Toile sur l’écran de nos appareils, on pourra le faire via des lunettes ou des lentilles spéciales qui nous montreront un univers richement annoté. Les machines s’expliqueront d’elles-mêmes. Il suffira de regarder un bâtiment pour que toute son histoire défile dans le moindre détail. Et quand on marchera dans la rue, on pourra mettre en place des filtres pour ne pas être bombardé de publicité par chaque commerçant. »

Le fait que Mike Liebhold, qui souligne que son rôle chez IFTF est d’offrir une vision aux clients et non de prévoir l’avenir, se soumet à cet entretien via Skype incite à lui demander comment on procédera à cet exercice d’ici un quart de siècle. « On pourra à l’aide de nouveaux matériaux procéder à une projection numérique sur une table ou un mur. » Afin de parler à un interlocuteur situé dans un autre pays, il suffira de se rendre à un point d’accès public et de se connecter à son poste de travail numérique après identification biométrique à l’aide du réseau veineux de sa rétine et du son de sa voix. « On n’aura moins besoin d’appareils. C’est ce qu’on appelle “l’informatique invisible”, quand le monde extérieur lui-même se numérise. »

Selon lui, la clé de voûte des technologies de demain sera la collaboration par-delà les frontières des domaines technologiques et des champs scientifiques. « À l’heure actuelle, on dénombre pas mal de technologies suffisamment matures pour causer de grands bouleversements. Mais c’est l’effet combiné de toutes ces nouvelles avancées qui vont continuer d’accélérer le rythme des changements technologiques. »